Un stagiaire peut-il travailler plus de 35 heures ?

un stagiaire peut-il travailler plus de 35h​

Non, un stagiaire ne peut pas travailler plus de 35 heures par semaine. Cette limite est inscrite dans le Code du travail, précisément aux articles L3121-10 et L3121-34. Tu disposes également d’une durée maximale de 10 heures par jour, et cette règle s’applique quel que soit ton âge ou ton niveau d’études.

Cette protection découle de la loi du 26 octobre 2015 sur l’encadrement des stages, qui visait à mettre fin aux abus dans lesquels certaines entreprises exploitaient des stagiaires comme de la main-d’œuvre à bas coût.

Beaucoup de confusion existe autour de la différence entre 35h et 39h, notamment sur la possibilité de faire des heures supplémentaires ou sur tes droits au repos. Cet article te donne toutes les réponses légales pour que tu puisses défendre tes droits ou, si tu es employeur, respecter tes obligations.

📋 L’essentiel à retenir

  • Le Code du travail impose une limite stricte de 35 heures par semaine pour tous les stagiaires sans exception standard.
  • Les heures supplémentaires sont juridiquement impossibles car un stagiaire n’a pas de contrat de travail effectif.
  • La confusion entre 35h et 39h provient du fait que certains salariés peuvent travailler 39h selon leur convention collective.
  • Tout travail exceptionnel le week-end ou le soir doit être explicitement prévu dans la convention de stage et récupéré.
  • Si ton employeur te demande de dépasser 35h, tu peux refuser sans conséquence et saisir l’inspection du travail en cas de pression.

Quelle est la durée légale de travail pour un stagiaire ?

Le temps de présence d’un stagiaire est strictement encadré par le Code du travail. Tu ne peux pas dépasser 35 heures par semaine, comme le stipule l’article L3121-10. Cette limite s’applique à tous les stagiaires, que tu sois mineur ou majeur, en licence ou en master.

Seule ta présence effective compte dans ce calcul. Si tu passes une journée en formation externe ou en séminaire organisé par ton établissement, ces heures ne sont pas comptabilisées dans tes 35 heures hebdomadaires en entreprise.

Sur le plan quotidien, tu ne peux pas non plus travailler plus de 10 heures par jour (article L3121-34). Attention à ne pas confondre cette limite avec le calcul administratif : 7 heures de présence, consécutives ou non, équivalent à 1 journée pour le décompte de la durée de ton stage. Ce calcul sert uniquement à déterminer si ton stage dépasse 2 mois et donc s’il doit être gratifié.

Ces règles ne sont pas négociables. Elles garantissent que tu bénéficies des mêmes protections que les salariés de l’entreprise d’accueil en matière de durée du travail.

La loi du 26 octobre 2015 sur l’encadrement des stages a justement été promulguée pour lutter contre l’exploitation des stagiaires. Avant cette date, de nombreuses entreprises faisaient travailler des stagiaires bien au-delà de la durée légale, parfois sans aucune gratification. Aujourd’hui, ces pratiques exposent l’employeur à des sanctions financières et à un risque de requalification du stage en CDI.

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Stage 35h ou 39h, pourquoi cette confusion ?

La confusion entre stages à 35h et à 39h est l’une des sources d’abus les plus fréquentes. Soyons clairs : 35 heures représentent la durée maximale pour les stagiaires, point final. Les 39 heures concernent uniquement certains salariés dont les conventions collectives prévoient cette durée.

Stagiaire et salarié, ce n’est pas la même chose. Tu n’as pas de contrat de travail, seulement une convention de stage. Ton statut juridique est celui d’un étudiant en formation, pas d’un employé. Cette distinction fondamentale explique pourquoi tu restes soumis à la limite des 35 heures, même si tous les salariés autour de toi travaillent 39 heures.

Certaines entreprises appliquent 39 heures à leurs salariés en vertu de conventions collectives spécifiques. Le problème, c’est que des employeurs peu scrupuleux (ou mal informés) tentent d’appliquer ces mêmes horaires aux stagiaires. C’est une erreur légale.

Le Code du travail fixe une limite stricte à 35 heures pour les stagiaires, sans aucune dérogation liée aux conventions collectives de l’entreprise. Ta convention de stage doit obligatoirement mentionner cette limite de 35 heures hebdomadaires. Si elle indique 39 heures, c’est illégal.

CritèreStagiaireSalarié en 39h
Durée max hebdomadaire35h39h possible
Base légaleCode du travailConvention collective
StatutConvention de stageContrat de travail

Cette confusion est source de litiges fréquents. Si ton employeur te demande de travailler 39 heures sous prétexte que « c’est comme ça dans l’entreprise », tu as le droit de refuser en te basant sur la loi.

Un stagiaire peut-il faire des heures supplémentaires ?

Non. Un stagiaire ne peut pas effectuer d’heures supplémentaires. C’est juridiquement impossible, et l’article L6343-3 du Code du travail le confirme explicitement.

La raison est simple : tu n’as pas de contrat de travail. Tu disposes uniquement d’une convention de stage, ce qui fait de toi un étudiant en formation, pas un salarié. Les heures supplémentaires sont un concept réservé aux personnes ayant un contrat de travail effectif.

Concrètement, si tu dépasses les 35 heures, ces heures ne donnent droit à rien. Pas de rémunération supplémentaire, pas de majoration, pas de RTT (Réduction du Temps de Travail). Rien. Pire encore, ton employeur enfreint la loi en te demandant de travailler au-delà de 35 heures.

Si ton employeur insiste pour que tu dépasses 35 heures par semaine, voici ce qu’il risque :

  • Sanctions financières : amende de 2 000 € pour une première infraction, jusqu’à 4 000 € en cas de récidive
  • Requalification du stage en CDI : un juge peut requalifier ton stage en contrat de travail si les conditions d’un vrai emploi sont réunies (horaires de salarié, tâches régulières, subordination)
  • Intervention de l’inspection du travail : contrôle et sanctions administratives possibles

De ton côté, tu as le droit de refuser de dépasser 35 heures, et ce refus ne peut avoir aucune conséquence négative sur ton stage, ton évaluation ou ta validation de formation. Si ton employeur te fait pression, tu peux saisir l’inspection du travail et bénéficier d’une protection contre les représailles.

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Quels sont les droits au repos du stagiaire ?

Tes droits au repos en tant que stagiaire sont identiques à ceux des salariés. La loi te protège pour t’assurer des temps de récupération suffisants, que ce soit quotidien, hebdomadaire ou annuel.

Repos hebdomadaire et dominical

Tu as droit à 2 jours de repos consécutifs chaque semaine, dont obligatoirement le dimanche (repos dominical). Ces dispositions doivent figurer dans ta convention de stage. Même si l’entreprise où tu effectues ton stage applique 39 heures à ses salariés, ton droit au repos hebdomadaire reste inchangé. C’est non négociable.

Travail exceptionnel le soir, week-end ou jours fériés

Certaines situations peuvent nécessiter ta présence en dehors des horaires classiques : événement professionnel le samedi, participation à un salon, urgence ponctuelle. Ces cas restent possibles, mais sous conditions strictes.

Tout travail exceptionnel (soir, week-end, jours fériés) doit être expressément prévu dans ta convention de stage avant signature. Si ce n’est pas le cas, tu peux refuser sans aucune justification. Ton employeur ne peut pas t’imposer ce type d’horaires après coup.

Si ces horaires exceptionnels étaient prévus dans la convention, les heures effectuées doivent être obligatoirement récupérées. Ce n’est pas optionnel. La récupération doit être effective, pas seulement inscrite sur le papier. À toi de négocier avec ton tuteur de stage les modalités : jours de récupération, aménagement d’horaires.

Un stagiaire peut refuser de travailler le week-end si cela n’est pas stipulé dans la convention de stage initiale.

Pauses et temps de repos quotidien

Comme tous les travailleurs, tu as droit à une pause déjeuner obligatoire et à un repos quotidien minimum de 11 heures consécutives entre deux journées de travail. Si tu finis à 19h un soir, tu ne peux pas commencer avant 6h le lendemain matin.

Congés pour les stages de plus de 2 mois

Si ton stage dépasse 2 mois (soit 44 jours à 7 heures par jour), ta convention doit obligatoirement prévoir la possibilité de prendre des congés et des autorisations d’absence. C’est une obligation légale.

Attention toutefois : l’entreprise n’est pas obligée de te verser ta gratification pendant ces jours de congés. La gratification pendant les congés reste optionnelle et dépend de la politique de l’entreprise. Les congés maternité, paternité ou adoption sont maintenus avec une durée équivalente à celle des salariés. Ces périodes comptent dans la durée totale de ton stage pour le calcul de la gratification.

Existe-t-il des exceptions à la règle des 35 heures ?

Oui, mais elles sont rares, très encadrées, et souvent floues dans les textes officiels. Il existe deux cas principaux où la limite pourrait être dépassée, mais ces situations restent exceptionnelles.

Le forfait jours (exception très rare)

Dans des cas très spécifiques, un forfait jours peut être appliqué à un stagiaire. Cela signifie que ton temps de travail est décompté en jours et non en heures, comme pour certains cadres. Mais attention, les conditions sont extrêmement restrictives. Ce forfait doit être explicitement mentionné dans ta convention de stage, validé par ton établissement d’enseignement, et justifié par la nature de tes missions. Dans les faits, cette exception est rarement appliquée.

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Stages intégrés à la formation professionnelle

Certains stages en alternance ou formations où le temps passé en entreprise est considéré comme du temps pédagogique peuvent dépasser 35 heures. La nuance est importante : il ne s’agit plus de travail effectif, mais de présence en formation.

La distinction entre présence en formation et travail effectif est délicate. Si tu passes 40 heures en entreprise mais que 10 heures sont consacrées à de la formation théorique encadrée, seules 30 heures comptent comme travail effectif. Cette validation nécessite une justification pédagogique stricte.

Ces exceptions restent rares et floues dans les textes officiels. En cas de doute, vérifie impérativement avec ton établissement d’enseignement et relis attentivement ta convention de stage. Par défaut, la règle générale s’applique : limite stricte à 35 heures par semaine. Toute exception doit être justifiée solidement.

Que faire si votre employeur vous demande de dépasser 35h ?

Si ton employeur te demande de travailler plus de 35 heures, tu n’es pas seul et tu as des recours. Voici une démarche progressive à suivre pour faire respecter tes droits sans compromettre ton stage.

Étape 1 : Vérifier ta convention de stage. Consulte les durées hebdomadaires mentionnées. Vérifie s’il y a une mention de travail exceptionnel. Compare avec la demande de ton employeur. Si ta convention indique clairement 35 heures et qu’aucun travail exceptionnel n’est prévu, tu as un argument légal solide.

Étape 2 : Échanger avec ton tuteur de stage. Commence par en parler calmement avec ton tuteur. Rappelle-lui poliment le cadre légal. Montre-lui ta convention de stage. Souvent, cette simple discussion suffit à résoudre le problème, surtout si l’erreur vient d’une méconnaissance de la loi.

Étape 3 : Contacter ton enseignant référent. Si le dialogue avec le tuteur n’aboutit pas, informe ton établissement d’enseignement. L’enseignant référent peut intervenir auprès de l’entreprise pour rappeler le cadre légal. Documente tous tes échanges par écrit (emails, courriers) pour garder une trace.

Étape 4 : Saisir l’inspection du travail. En cas d’abus persistant ou de pression, tu peux dénoncer formellement l’infraction auprès de l’inspection du travail. Tu bénéficies d’une protection contre les représailles. L’inspection peut contrôler l’entreprise et imposer des sanctions.

Étape 5 : Envisager une requalification. Si les abus sont avérés (horaires de salarié, tâches régulières, subordination réelle), tu peux demander la requalification de ton stage en CDI devant un tribunal. Consulte un avocat spécialisé en droit du travail. Rassemble toutes les preuves : emails, plannings, témoignages de collègues.

Tu as le droit de refuser de dépasser 35 heures sans aucune conséquence négative sur ton stage ou ton évaluation. La loi te protège. Ne laisse pas la peur compromettre tes droits.

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Vincent Fortu

À 32 ans, j'ai claqué la porte après un énième refus de promotion. Cette frustration m'a mené à ma vraie mission : aider les professionnels à prendre leur carrière en main grâce à la formation. Aujourd'hui, j'accompagne ceux qui refusent de subir et veulent enfin progresser.

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